Septembre 2025
J’admire comment les choses qui figurent sur notre bucket-list depuis des années finissent par se réaliser, tôt ou tard. Ce qui ne fait que prouver que la seule chose qui sera toujours en manque, c’est le temps – voilà une découverte époustouflante ! Il y a dix ans, alors que je faisais du vélo autour de l’Islande, j’ai lu la Trilogie de Dantzig de Günter Grass, et ainsi une graine a été semée : il me fallait visiter Dantzig — l’actuelle Gdańsk. Pendant des années, ce désir est resté dans un coin de mon esprit, mais comme j’avais déjà visité Cracovie et Varsovie, aller à Gdańsk dans le seul but de le visiter Gdańsk me paraissait un peu extrême. En outre, aucune affaire ne m’avait jamais conduit dans cette partie de l’Europe.
Jusqu’à ce que deux événements surviennent : mon frère est parti en Pologne pour ses études, et la Russie a attaqué l’Ukraine, provoquant la fermeture de l’espace aérien à l’aviation civile. Cela signifiait que chaque fois que nous voyagions vers ou depuis l’Ukraine, nous devions passer par la Pologne. Si ce n’était pas le bon moment pour enfin aller à Gdańsk, il n’y aura pas d’autre ?
Ainsi, après trois années de plus à jouer avec l’idée, à reporter et à ne pas arriver à se coordonner, mon frère et moi avons enfin trouvé un parfait week-end de septembre pour nous y rendre. Nous avons pris un train depuis Cracovie (où j’étais arrivé de Toulouse sur le chemin du retour vers l’Ukraine), et nous voilà en route.
J’avais une image très précise de Gdańsk en tête : des rangées de maisons en pain d’épices, un port, et un ciel du Nord sévère se reflétant mélancoliquement dans les eaux de la mer Baltique. La réalité, cependant, ne correspondait pas à cette fantaisie. Tout d’abord, rien n’était sévère — en fait, les journées étaient chaudes et ensoleillées. Et j’ai rapidement découvert que Gdańsk n’est pas exactement « sur » la mer comme je l’imaginais ; on ne voit pas la mer depuis le centre-ville, même si la ville dans son ensemble est bien côtière. Donc pas d’horizon mélancolique pour moi ! En revanche, les maisons en pain d’épices étaient bel et bien là.




Que faire à Gdańsk?
Puisque je veux encore que ce blog soit trouvé dans l’infinité d’Internet, je vais passer par la classique liste de choses à faire, accompagnée de quelques bonnes adresses (toutes testées personnellement, sauf mention contraire).
Vieille Ville de Gdańsk
Tout d’abord, la Vieille Ville. Lorsque je visite des villes en Pologne, je ressens une chaleur particulière, surtout depuis 2022. Comme Varsovie, Gdańsk a subi d’horribles destructions pendant la Seconde Guerre mondiale (à laquelle je ferai plusieurs fois référence dans ce texte) : 90 % de la Vieille Ville a été détruite. Selon Wikipédia, moins de quarante bâtiments résidentiels sont restés debout. Cela donne une idée de l’effort colossal qu’il a fallu pour restaurer l’architecture hanséatique perdue (ces maisons typiques, étroites, hautes et colorées) — et c’est précisément ce qui me fait toujours fondre le cœur.




La Vieille Ville de Gdańsk est animée et vibrante, pleine de cafés, de boutiques et de restaurants de toutes tailles et de tous styles. Mais, comme toujours, dès que l’on quitte les grandes artères (comme la rue Długa et le Długi Targ), le calme revient. Ma rue préférée, de loin, est Mariacka Ulica : elle est cozy et belle, les marchands d’ambre lui ajoutent une atmosphère un peu à l’ancienne. La rue est aussi décorée de gargouilles en pierre — une touche gothique sympathique et inattendue.
De manière générale, j’ai été très marquée par tous ces petits détails architecturaux — bas-reliefs, ornements peints, sculptures. C’est comme se promener dans un livre richement illustré que l’on pourrait regarder sans fin.

Długi Targ (Long marché)










Fontaine de Néptune, Długi Targ (Long Marché)

Marchands d’ambre, Mariacka Ulica

Marché couvert


Gargouilles, Mariacka Ulica




Les quais de la Motława
Les quais de Gdańsk (ou Długie Pobrzeże en polonais) constituent une prolongation logique de la Vieille Ville, mais je tiens à les mentionner séparément, car c’est ici que j’ai vraiment ressenti ce que j’étais venue rechercher — l’atmosphère de la Trilogie de Dantzig. Aussi animée que la Vieille Ville, avec des restaurants deux fois plus chers, la promenade est pleine de vie : excursions en bateau, groupes scolaires, foules de touristes. Et pourtant, c’est un lieu fantastique — le tumulte d’une ancienne ville portuaire dont la position stratégique valut à Gdańsk son statut particulier de Ville libre (et, par conséquent, en fit la première cible lors de la guerre — mais j’y reviendrai plus tard). L’architecture, les bateaux, la grue médiévale : c’est un endroit merveilleux.













Grue médiévale de Gdańsk
Vue sur Gdańsk
Trouver un point de vue est, bien sûr, un incontournable dans chaque ville européenne, et à Gdańsk nous sommes montés aux deux meilleurs : l’église Sainte-Marie et la tour de l’Hôtel de Ville.
Pour être honnête, je n’avais pas prévu de visiter les deux. La tour de l’Hôtel de Ville était mon premier choix, mais ce jour-là, elle était fermée à cause du mauvais temps, alors nous sommes montés à l’église Sainte-Marie à la place. L’église elle-même est impressionnante — ses immenses fenêtres et ses murs massifs m’ont laissé sans voix, et l’intérieur mérite largement la visite.




Vue depuis l’église Sainte-Marie
Quant à la tour, j’ai tout de même préféré la vue depuis celle de l’Hôtel de Ville. C’est probablement ce que Xavier et moi appelons « l’effet tour Eiffel » — à quoi bon admirer la ligne d’horizon de Paris sans son monument le plus emblématique ? De même, la plus belle vue de Gdańsk est celle qui inclut son église la plus célèbre.


Vue depuis la tour de l’Hôtel de Ville




Musée de la Seconde Guerre mondiale
Je ne sais toujours pas exactement ce qui m’a poussé à visiter le Musée de la Seconde Guerre mondiale, presque quatre ans après le début de la guerre en Ukraine. En partie, je blâme la pluie. En partie, les recommandations enthousiastes de mes amis. Et en partie, la curiosité d’en découvrir l’architecture intérieure. Quelle qu’en soit la raison, je m’y suis retrouvée — en larmes bien sûr.
Le musée est remarquablement conçu : j’ai adoré la scénographie, le choix des thèmes et des objets exposés. C’est l’endroit idéal pour comprendre la guerre dans toutes ses dimensions, apprécier à quel point la Pologne a souffert pendant ces années atroces, mais aussi mieux saisir l’histoire singulière de Gdańsk et ce que signifiait être la « Ville libre de Gdańsk » (je le spoile pas pour vous !).
Je préviens par contre que ce n’est pas un lieu léger ni divertissant. Mais l’histoire polonaise du XXᵉ siècle est tellement liée à la Seconde Guerre mondiale, que l’on ne peut pas l’échapper.









Westerplatte
Ce qui nous amène au site très important – Westerplatte, l’endroit où tout a commencé. Le 1er septembre 1939, le cuirassé allemand Schleswig-Holstein a tiré sur le dépôt militaire de Westerplatte, marquant ainsi le début de la Seconde Guerre mondiale. Environ 80 millions de victimes plus tard, après des décennies de reconstruction, de traités de paix et de milliards dépensés pour tout rebâtir, nous voilà — en train de tout recommencer.
Westerplatte se trouve au bord de la mer, nous avons donc pris un bus régulier (le n°106) directement jusqu’à la presqu’île. Franchement, ce n’était pas un trajet agréable — nous étions serrés comme des sardines — mais j’imagine que ce serait une très belle balade à vélo.
N’en attendez rien de spectaculaire : c’est essentiellement une promenade dans un parc, avec une infrastructure assez limitée. Pour lire les panneaux d’information, nous avons dû marcher dans la boue détrempée par la pluie — déchiffrer les textes sous la condensation sur les vitres n’était pas toujours facile non plus. Les vues ne sont pas extraordinaires non plus, ce qui est normal car après tout, c’est un port en activité.
Le principal monument — le Monument aux Défenseurs de la Côte — est toutefois impressionnant. Pourtant, j’ai ressenti une vague de colère en voyant comment certains visiteurs traitaient ce lieu tragique et historique comme une simple étape touristique à cocher. Selfies, photos de groupe en saut… Cela m’a laissé un sentiment de malaise et de tristesse. J’avais décrit des impressions similaires dans mon article sur Cracovie il y a presque dix ans avec la même conclusion : traitons l’Histoire avec respect.











En dehors de la Vieille Ville
Nous avons également exploré les alentours de la Vieille Ville, mais nous sommes rapidement tombés sur ces célèbres blocs d’immeubles d’Europe de l’Est. J’ai adoré certaines constructions modernes qui reprennent les couleurs et le style des bâtiments en brique tout en y ajoutant une touche industrielle. Ensuite, nous avons pris le temps de marcher le long des anciens bastions — un moment paisible, quoique pas particulièrement pittoresque, à l’écart des rues touristiques.





Où manger à Gdańsk
Il n’y aura pas de recommandations sur l’hébergement, puisque nous avons logé dans un petit Airbnb près de l’église Sainte-Marie qui, malgré son excellente situation, était tout au plus médiocre. Passons donc directement à la nourriture !
🥟 PanKejk – parfait si vous voyagez avec un étudiant affamé : crêpes garnies copieuses, portions généreuses, prix raisonnables.
🥟 Pierogarnia Mandu – les meilleurs pierogi de la ville, avec des garnitures à la fois traditionnelles et originales.
🥟 Kawiarnia Drukarnia – plus pour l’ambiance que pour le café, mais comme j’adore Ulica Mariacka, ça vaut quand même le détour.
🥟 Montownia Food Hall – de la nourriture pour tous les goûts ! Portions énormes, bons prix, et j’ai adoré l’atmosphère industrielle du lieu..
Une petite remarque : contrairement à mes attentes, les prix en Pologne m’ont paru étonnamment élevés. Soit ils ont fortement augmenté ces dernières années, soit c’est l’effet combiné de l’inflation et de l’afflux de réfugiés venus d’Ukraine. J’ai été surpris de payer mon café au même prix qu’en France. Espérons que ce soit seulement un phénomène propre aux zones touristiques et non une tendance générale dans tout le pays.


Epilogue
Je suis très heureuse d’avoir enfin visité la Pologne non pas comme simple point de transit — où mon activité principale consiste à attendre un train ou un avion — mais comme une véritable destination. J’aurais aimé que nous ayons le temps d’aller à Sopot et sa plage, ou à Gdynia. Mais si je commence à réfléchir ainsi, je regretterais aussi de ne pas être venue ici à vélo par la route EuroVelo 10 (l’itinéraire de la mer Baltique qui longe entre autres toute la côte polonaise). Je suis donc déjà très contente de ce voyage. Avoir enfin vu un lieu dont je rêvais depuis longtemps, et ne pas avoir été déçue — c’est une satisfaction profonde.



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