Janvier 2025
Tout voyageur qui se respecte doit avoir un projet de voyage qui a mis des années à mûrir, à être imaginé, planifié, puis enfin réalisé. Le nôtre, sans aucun doute, c’était la Jordanie à vélo — un voyage né dans nos têtes il y a environ huit ans, qui a connu une première tentative en mars 2020, et je pense que cette date suffit à vous faire deviner ce qui s’est passé ensuite. Mais si ce n’est pas le cas, il existe un article assez drôle sur notre semaine passée à Amman, pendant laquelle nous regardions la pandémie se déployer sous nos yeux avant d’être évacués vers la France. Une aventure pas super agréable, qui a repoussé ce voyage de cinq années supplémentaires. MAIS NOUS SOMMES PERSISTANTS. Ainsi, le 1er janvier 2025, nos fesses fatiguées, accompagnées d’énormes sacs remplis de matériel de vélo en tout genre, s’envolaient pour Amman pour ce qui allait devenir deux mois et demi de vélo à travers la Jordanie et l’Arabie saoudite (que je vais aussi appeler ici KSA). Heureusement, les poches sous nos yeux ne comptaient pas comme bagage supplémentaire.
Comme vous pouvez l’imaginer, il est extrêmement — voire impossiblement — difficile de raconter une telle aventure dans toute sa richesse, avec ses hauts et ses bas, et surtout sans tomber dans des banalités pseudo-philosophiques un peu mièvres. D’autant plus que ce voyage a été si complexe et émotionnellement chargé qu’il m’a fallu un an (!!) pour ouvrir un Google Doc et commencer à taper les premiers mots.
Comme il s’agit toujours d’un blog de voyage en ligne, et que la lisibilité et la structure comptent encore, je vais diviser cette expérience en plusieurs articles :
- Jordanie à vélo : tout ce que vous devez savoir
- Nos endroits préférés en Jordanie (titre provisoire)
- Aventure cycliste en Arabie saoudite : itinéraire & aspects techniques, FAQ
- Nos endroits préférés en Arabie saoudite (titre provisoire)
- Peut-être autre chose, on verra (ce n’est pas un titre)
Avertissement important : ceci est uniquement le récit de notre voyage et, au mieux, les retours de quelques cyclistes rencontrés sur la route. Il ne s’agit ni d’une vérité universelle, ni de statistiques officielles, ni de quoi que ce soit de ce genre. Votre expérience peut varier.
C’est parti !

Entre Amman et Jerash
Quelques chiffres


Pourquoi la Jordanie ?
C’est presque toujours l’une des premières questions que l’on nous pose. Et j’aimerais vraiment pouvoir donner une réponse claire, mais au fil des années, la motivation initiale s’est un peu diluée. Je pense qu’on pourrait la résumer ainsi : nous avions déjà voyagé à vélo au Danemark, en Islande et en Angleterre, et nous nous sommes dit que ce serait sympa, pour changer, d’aller vers un climat radicalement différent. La Jordanie est apparue dans la conversation. L’idée nous a plu. Puis les années ont passé, nos envies et nos priorités ont évolué, mais nous n’avons tout simplement jamais renoncé à cette destination de départ.
Cela dit, dans notre plan initial, le deuxième pays devait être Israël. Très franchement, aucun de nous deux n’avait envie d’y aller en 2025. D’ailleurs, la guerre a aussi affecté le tourisme jordanien — des sites majeurs comme Pétra étaient presque déserts le jour où nous les avons visités. Au lieu d’aller en Israël, nous avons donc poursuivi notre voyage en Arabie saoudite.
Comment avons-nous transporté notre tandem jusqu’en Jordanie ?
Y penser me ramène presque toujours à des souvenirs stressants — à cause de notre situation personnelle à l’époque, ce n’était vraiment pas simple. Nous étions basés en Ukraine et depuis le début de l’agression russe, le transport aérien n’y est plus disponible. Il a donc fallu inventer un schéma logistique très compliqué pour atteindre l’aéroport le plus proche. J’espère sincèrement que vous aurez une base de départ plus douce.
Une fois arrivés à Cracovie, en revanche, tout a été assez simple : nous avons mis le tandem dans une caisse, payé le supplément pour bagage hors format (jusqu’à 32 kg), et emballé le reste dans des sacs plastiques bon marché que nous avons jetés une fois tout reconditionné dans nos sacoches. De l’aéroport d’Amman au centre-ville, nous avons pris un bus classique, avec une sorte de remorque pour les bagages. Les Uber « normaux » ont aussi très bien fonctionné — en Jordanie, les gens sont nettement plus souples qu’en Europe sur les règles de ceinture de sécurité ou le nombre de passagers.

Dans le bus depuis l’aéroport d’Amman
Visa et Jordan Pass
Nous avons acheté des Jordan Pass, qui permettent d’éviter les frais de visa. Honnêtement, je ne suis toujours pas sûre que cet achat ait été financièrement intéressant pour nous : nous avancions lentement et nos passes ont expiré avant même que nous atteignions Pétra ou le Wadi Rum — les sites les plus chers, et la principale raison pour laquelle on achète généralement ce pass. À garder en tête donc, au moment de décider si ça vaut le coup ou non. Sinon le visa s’achète à l’entrée du pays (au moins c’est le cas pour les citoyens Français).
À noter : quitter le pays n’est pas gratuit — 10 JD par personne, et à notre point de passage frontalier à Aqaba, aucune carte n’était acceptée. Courir partout pour trouver 20 JD afin de pouvoir sortir du pays, c’était… moyen. Heureusement, une boutique locale a accepté de prendre notre carte et de nous donner du liquide, mais je me serais bien passée de cette petite aventure supplémentaire.
Amman – Jerash – Ajloun – Umm Qays – Salt – mer Morte – Madaba – Karak – Dana – Pétra – Wadi Rum – Aqaba
Au total : 735 km parcourus en 58 heures de vélo, avec 11 550 m de dénivelé positif. Trois fois moins de kilomètres qu’en Islande, pour deux fois plus de dénivelé.
Itinéraire et outils de planification
Nos indispensables pour préparer un voyage sont toujours les mêmes : une carte papier, Strava pour suivre les distances et le dénivelé quotidiens, et Komoot. Nous n’avions jamais utilisé Komoot auparavant, mais ça s’est révélé être un outil incroyable pour planifier l’itinéraire et avoir les profils d’altitude en temps réel. À mon goût, l’appli n’est pas très intuitive, mais absolument indispensable — sans Komoot j’aurais très certainement perdu la boule.
Comme nous avons acheté une carte SIM locale avec data directement à l’aéroport, nous n’avons quasiment pas eu besoin de cartes hors ligne (et dans les rares cas où c’était nécessaire, Komoot suffisait). Sinon, Google Maps classique pour la navigation ou pour les adresses enregistrées.

La forteresse d’Ajloun

La route pour Pétra

Est-ce que c’était sûr ?
Si on parle de « mauvais types avec des couteaux » — il n’y a pas eu un seul moment où nous nous sommes sentis en danger, intimidés ou quoi que ce soit de ce genre. Dans la région du Wadi Mujib, des enfants nous ont lancé des pierres (d’autres cyclistes ont signalé des incidents similaires), mais justement pour ces cas on porte des casques !
Si on parle de sécurité militaire — nous n’avons pas été confrontés à un danger direct, mais la guerre a eu un impacte sur l’atmosphère générale du pays, ainsi que sur le nombre de checkpoints et de contrôles.
Si on parle de sécurité routière — disons que les conducteurs jordaniens ne sont pas particulièrement prudents, mais dans l’ensemble, ça allait.
Il y avait aussi pas mal de chiens, errants ou domestiques, qui prenaient un grand plaisir à nous courir après, mais rien de vraiment effrayant (et nous avions prudemment fait les vaccins contre la rage avant le départ).

Une bête féroce
Météo
Un point souvent sous-estimé : la Jordanie, bien que petite, présente une grande diversité de climats. Amman, située en altitude, est très différente de la mer Morte — le point le plus bas de la planète. En à peine 330 km, on peut passer d’un Amman glacial (parfois sous la neige) à Aqaba, ensoleillée et bordée de plages bondées. Résultat : en janvier, nous avons utilisé absolument tous les vêtements que nous avions emportés, tout en grelottant la nuit jusqu’à en claquer des dents. D’après les photos de l’article sur la « partie touristique » (à venir), vous pourrez deviner les températures à nos tenues — la farwa comme le maillot de bain étaient tous les deux indispensables.

Wadi Rum

Les routes de la mer Morte
Hébergement et camping
L’une des choses les plus inattendues de ce voyage a été le faible nombre de nuits passées sous notre tente. Sur un mois en Jordanie, nous n’avons fait du camping sauvage que six (!) nuits. Scandaleux.
Les raisons : le niveau d’urbanisation du pays, les fortes différences d’altitude et la concentration très dense des points d’intérêt. Un autre facteur important était la période du voyage — janvier — avec des journées très courtes. À 17 h, il fallait déjà commencer à chercher un endroit où camper.
Concrètement, en une journée, il était impossible de parcourir la distance sinueuse, visiter un château ou un site antique, puis se battre à nouveau avec le dénivelé pour quitter une zone urbanisée, tout ça afin de planter la tente avant la nuit. Mission impossible. Adieu l’aventure sauvage (largement compensée plus tard en Arabie saoudite).
Côté positif : nous n’avons jamais eu de difficulté à trouver un hôtel, même à la dernière minute.


La dernière et la première nuit sous la tente


L’hôtel à Aqaba

Le dîner à Salt
Manger et boire
La cuisine jordanienne est vraiment incroyable, — elle fait partie de la cuisine levantine, qui est tout simplement divine. Nous avons vécu des expériences gastronomiques inoubliables en Jordanie. Par contre, la cuisine jordanienne dans toute sa splendeur se trouve surtout dans les grandes villes (Amman, Aqaba, etc.). En dehors de celles-ci, le plat « universel » — le sandwich falafel — est devenu notre nourriture de base. Nourrissant et végétarien, certes, mais au bout d’un mois, j’en pouvais franchement plus.
Cela dit, l’essentiel est le suivant : trouver une épicerie pour faire des provisions n’est absolument pas un problème, donc nous n’avons jamais eu besoin de transporter de grandes quantités de nourriture ou d’eau.
Médecine et hygiène
D’après ce que j’ai déjà dit sur l’hébergement, vous aurez compris que nous avions un accès régulier à des douches et à d’autres commodités. Bien que nous ayons transporté un sac de pharmacie plutôt conséquent, nous avons à peine utilisé quoi que ce soit (et fort heureusement !). En amont, nous avions mis à jour nos vaccins contre le tétanos et fait les vaccins contre la rage (chers ouf !). Heureusement, du point de vue de la santé, tout s’est déroulé sans encombre.
Nous avions naturellement emporté plusieurs sticks de crème solaire SPF 50 et nous les avons utilisés regulièrement — nous sommes assez vieux et sages pour savoir éviter des coups de soleil.

Hôtel Hilton, mer Morte
Budget
Je précise toujours que nous ne sommes pas des voyageurs au budget serré, et que nous n’hésitons pas à nous offrir de temps en temps un bon hôtel, un restaurant ou une expérience payante (comme une excursion dans le Wadi Rum par exemple). Je peux dire sans hésiter qu’en Jordanie, on peut vivre avec quelques dinars par jour (un sandwich falafel coûte au maximum 1 JOD), mais l’inverse est tout aussi vrai — dépenser plus de 30 JOD par personne dans un restaurant est très facile.
Nos dépenses totales pour un mois en Jordanie se sont élevées à 2 430 EUR. Cela inclut presque tout le mois d’hébergement, dont deux nuits au Hilton de la mer Morte, quatre nuits d’hôtel à Aqaba, le Jordan Pass, deux nuits dans le Wadi Rum, de la plongée à Aqaba, ainsi que d’autres expériences coûteuses dont on peut très bien se passer.

Interactions avec les locaux
Les Jordaniens sont en général très accueillants et détendus. « Welcome to Jordan » est une phrase que vous entendrez mille fois par jour — et oui, à un moment, ça finit par devenir un peu agaçant. L’hospitalité arabe n’a pas déçu sa réputation : on nous a invités à passer la nuit, nourris, pris en stop (oui, avec un tandem !), proposé de l’aide sous toutes ses formes, et plus généralement les gens se montraient très curieux de notre aventure.
Il semble exister une sorte d’obligation d’honneur à aider quand quelqu’un en a besoin — et si une personne ne peut pas aider elle-même, elle fera tout pour trouver quelqu’un qui le peut. Parfois, c’était très impressionnant. Nous n’avons pas subi de « harcèlement touristique », souvent associé aux voyages au Moyen-Orient. En revanche, l’anglais est peu parlé en dehors des zones touristiques (et même dans celles-ci, il est loin d’être omniprésent), ce qui a limité le nombre d’échanges vraiment profonds au-delà de la pantomime de base.

Bien sûr, il existe des différences culturelles et des visions du monde que nous ne partageons pas et que nous n’aurions pas envie d’affronter au quotidien. Le poids et la présence de la religion (comme on découvrira plus tard, tout était très doux par rapport à l’Arabie saoudite…), la société fortement patriarcale — nos interactions avec des femmes ont été très rares, et à un moment j’ai ressenti à quel point la présence féminine dans l’espace public me manquait (et, là encore, ça n’a fait qu’empirer en KSA) — ainsi que le mépris total pour l’environnement, qui nous retournait l’estomac. Il y avait aussi certaines nuances dans les interactions culturelles, lorsque notre « non » était complètement ignoré — ce qui nous a valu des cadeaux lourds et inutiles, de la nourriture dont nous ne voulions pas, et des pauses thé qui ruinaient totalement un planning déjà compliqué.
Tous ces aspects ont eu un impact assez négatif sur l’ensemble du voyage, car passer une semaine à faire un road-trip sur un itinéraire touristique est une chose, mais se trouver comme ça exposé et vulnérable pendant un mois, traverser tout le pays à vélo en est une autre (voir plus bas la section Faire du vélo en Jordanie : notre retour honnête).

Nous avons attiré beaucoup d’attention dans la vallée du Jourdain !

Attrapés pour un thé

Prête pour une bonne descente sans freins à Wadi Mujib

Sur la route vers Wadi Rum
Femme cycliste en Jordanie
Un résumé très court serait : il faut s’habiller modestement, point. Il n’existe aucune obligation légale de porter une tenue spécifique, mais par respect pour les coutumes locales (et puis, en janvier, on n’a de toute façon pas très envie de se promener en bikini dans les rues d’Amman), on se couvre — et cela vaut aussi pour les hommes. Il existe une importante communauté chrétienne en Jordanie, pour laquelle la question de la tenue ne se pose pas du tout. Sur le papier, ce sujet n’est donc pas vraiment un problème.
Dans la réalité, mon expérience a été beaucoup plus complexe. J’ai mentionné plus haut le fait de ne presque jamais voir de femmes dans la rue — et au fil du mois, cela est devenu une véritable pression mentale. Dans quasiment toutes les interactions, c’était toujours Xavier à qui l’on s’adressait, et moi j’étais reléguée au rôle de figurante. Oui, je sais comment cela est expliqué dans la culture moyen-orientale : en n’interagissant pas avec les femmes, les hommes leur montrent du respect. Très bien. Mais comme, dans ma culture, le respect passe par la reconnaissance de l’autonomie des femmes, j’ai eu beaucoup de mal à rester invisible.
Être invitée chez les gens, nourrie et divertie était formidable, mais il y avait une séparation des rôles très claire : les hommes divertissent, les femmes cuisinent et servent. Et à plusieurs reprises, des personnes ont exprimé une « grande inquiétude » face au fait que nous n’ayons pas d’enfants. Cette inquiétude allait jusqu’à nous suggérer les coordonnées d’un médecin qui pourrait peut-être « me réparer ». C’était bien plus difficile à supporter que de me demander si je devais ou non me couvrir la tête.
Aspects techniques et équipement
Dresser une liste complète et précise de notre équipement prendrait trop de temps — et puis les temps ont changé, je suis devenue amère vis-à-vis des marques, et je n’ai aucune intention de leur faire de la publicité gratuitement.
Cela dit, si vous avez besoin de détails précis, n’hésitez pas à nous contacter via les commentaires, par email ou sur Instagram avec vos questions.
Dans les grandes lignes, voici ce qui fut très utile pour nous :
Équipement de couchage :
- Tente + footprint pour les surfaces abrasives
- Matelas en mousse + matelas gonflable + oreillers gonflables
- Deux sacs de couchage bien chauds (que nous utilisons depuis notre voyage en Finlande en 2015 !) et des draps en soie
Pour chaque catégorie, nous avions du tissu de rechange et un kit de réparation, au cas où.

La nuit à Wadi Mujib
Électronique :
Une grosse batterie externe (10 000 mAh) et deux petites (3 500 mAh), deux petites lampes vélo, pas d’ordinateur portable mais un iPad. Notre appareil photo habituel, un Nikon D500 avec un petit objectif — emmener notre 24–70 mm habituel était hors de question. Téléphones et écouteurs — ça va sans dire, mais j’utilisais surtout les écouteurs comme protection contre le bruit du trafic, qui était franchement violent.
Équipement de cuisine :
Un kit de cuisine basique, que nous avons finalement très peu utilisé pour les raisons évoquées plus haut. Nous avons tout de même acheté notre réchaud à gaz dans le seul endroit de Jordanie où c’est possible : le magasin TREKS Outdoor Sports.
Un achat particulièrement réussi pour ce voyage a été une gourde souple en silicone, indispensable en Arabie saoudite.

Équipement vélo et pièces de rechange :
Les pièces de base : quatre chambres à air, un pneu de rechange (pas suffisant !), quatre jeux de plaquettes de frein, des rayons de secours, diverses vis, et quelques outils.
Un élément très précieux qui nous a énormément aidés (surtout en Arabie saoudite, où les distances quotidiennes étaient plus longues et l’accès à la civilisation plus limité) : un moyeu dynamo, capable de produire assez d’électricité pour maintenir mon téléphone chargé pendant la journée.
NOTE : à la fin du voyage, notre tandem était vraiment à bout de souffle, mais pour la partie jordanienne, il y a eu un problème majeur : LES PLAQUETTES DE FREIN. J’ai déjà suffisamment râlé sur les dénivelés jordaniens, mais en plus d’être physiquement éprouvants, ils ont été de véritables tueurs de plaquettes. Des plaquettes censées ralentir un tandem de 200 kg sur des pentes à 20 %…
Nous avons usé chaque paire de plaquettes en moins de 300 km, brûlé le disque de frein, et avons dû en commander de nouvelles depuis la France. Heureusement, les gens en Jordanie ont été incroyablement serviables et ont rapidement trouvé quelqu’un prêt à recevoir le colis Chronopost pour nous. Il nous attendait un peu plus loin sur l’itinéraire, ce qui nous a permis d’avancer à notre rythme (lent).

Sur la route vers Dana
Fun fact :
Une fois la partie « froide » de la Jordanie derrière nous, et après avoir compris que nous n’aurions plus besoin de vêtements chauds, nous avons envoyé un colis en France. Quatre kilos en moins, c’est un cadeau précieux pour un cycliste au long cours ! Il contenait aussi des mosaïques décoratives de Madaba et plusieurs carnets de croquis que nous n’allions clairement pas remplir.

Sur la route vers Wadi Rum
Faire du vélo en Jordanie : notre retour honnête
Nous avons parcouru 735 km pendant tout le mois de janvier, ce qui ne semble pas énorme. Et ça ne l’est effectivement pas. Mais la Jordanie s’est révélée être un pays difficile pour le vélo — et tout particulièrement pour le tandem.
Même si nous aimons énormément notre tandem, il a ses limites, et le terrain jordanien présente de nombreuses situations où un tandem n’est tout simplement pas l’engin idéal. Je parle évidemment du dénivelé. La Jordanie, surtout dans le nord, a des profils d’altitude complètement fous, physiquement très éprouvants, et le poids du tandem n’a clairement pas aidé. Les routes sont aussi extrêmement raides, avec des pentes fréquentes à 12–20 %, contrairement à la France ou à l’Arabie saoudite, où les routes serpentent pour réduire la pente. Ici, elles montent tout droit — et redescendent tout droit avec les mêmes 12–20 %. Ce qui signifie que nous ne pouvions pas profiter des descentes.
Ça, c’est le premier point.

Pente à 20 % à Souf, recto-verso

Se faire prendre en stop par un camion de chips



On pousse encore…

et encore…

Le deuxième, c’est la circulation. Même si nous avons connu bien pire, les conducteurs jordaniens ne sont pas particulièrement prudents. Et leur gentillesse a eu un effet pervers inattendu : dans la culture de la conduite, on klaxonne pour absolument tout. En une seule journée, nous pouvions entendre des centaines de coups de klaxon qui devaient signifier « Hello and welcome to Jordan ».
Pourquoi est-ce un problème, me direz-vous ? Quiconque a déjà été klaxonné en dehors d’une voiture sait que le son est infiniment plus fort qu’à l’intérieur — c’est assourdissant et franchement flippant, surtout quand on roule à vélo sur une route fréquentée. Multipliez ça par des centaines… voilà.

Pique-nique familial à la mer Morte
Un autre facteur, beaucoup moins évident, c’est la pollution par les déchets. Oui, c’est encore moi qui me plains des détritus, des ordures et du plastique — mais cela affecte réellement le ressenti et l’impression générale. Surtout à vélo, avec une exposition directe aux bords de route. Ou quand on veut planter une tente et qu’il faut d’abord enlever des déchets pour dégager un carré de terrain. Ou encore quand, avant d’entrer dans la mer, il faut traverser une barrière de mégots (y compris dans l’eau).
La plage à Aqaba

Ce n’est pas seulement une question d’esthétique ou de désespoir existentiel face à notre monde capitaliste moderne fait de plastique — il y a aussi un aspect très pratique : pour le vélo, c’est horrible. Les déchets s’enroulent dans les roues, ça pue (les animaux morts sur le bord de la route sentent atrocement !). Une fois, en roulant près d’un âne mort, un passant nous a joyeusement mimé comment l’animal avait mangé du plastique, qui s’était enroulé autour de ses intestins et avait causé sa mort. Ajoutez à cela les innombrables bouteilles remplies d’urine sur le bas-côté (je le sais parce que c’est une pratique mondiale chez les chauffeurs routiers), et vous avez le tableau complet.


BISKELET!! — les enfants étaient en extase devant une telle machine

Wadi Rum

Si l’on combine tout cela — dénivelé difficile, forte urbanisation, odeur d’essence et de pourriture, klaxons constants, contrôles réguliers de documents (avec des questions très détaillées sur qui nous étions et quel était notre itinéraire) — faire du vélo en Jordanie, ce n’est pas génial.
Les choses sont très différentes en Arabie saoudite, mais nous en parlerons dans un article dédié.
Il est toutefois très important de souligner que la Jordanie est un pays incroyablement beau et diversifié, avec une cuisine exceptionnelle, une histoire et une culture riches, un patrimoine architectural impressionnant, et des habitants chaleureux et accueillants. En revanche, ce n’est clairement pas le meilleur pays pour le cyclotourisme. La Jordanie nous a déçus comme destination cycliste, pas comme pays.
Dans les prochains articles, je parlerai plus en détail des lieux que nous avons visités. Pour ce qui est du retour général sur le vélo — c’est tout. Et, encore une fois, n’hésitez pas à nous contacter si vous avez la moindre question, ou si vous souhaitez partager votre propre expérience — nous serons ravis de vous lire.
N’hésitez pas à nous contacter ou à laisser un commentaire — nous serions ravis de découvrir votre expérience ou vos impressions.
Enfin et surtout…
Un immense, infini MERCI à toutes celles et ceux qui ont rendu ce voyage inoubliable, qui ont partagé leurs histoires, nous ont accueillis et nourris, et ont remué ciel et terre pour nous aider quand nous en avions besoin : Anastasia, Alaa et sa famille, Sleeman avec Nour et Sanah, Abu Ahmed, Noar, et tant d’autres dont j’ai mal entendu ou pas retenu le prénom, et que j’étais trop gênée de le reconnaître. Et aussi tous ceux avec qui le contact a été trop bref pour que nous ayons même le temps d’échanger nos noms.




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