Janvier 2025

Le premier article consacré aux détails du voyage à vélo à travers la Jordanie est en ligne, il est donc temps de passer au suivant : que voir en Jordanie ? Trois choses vous viennent probablement immédiatement à l’esprit : Petra, le Wadi Rum et la mer Morte — et à juste titre. Mais la Jordanie a bien plus à offrir, même si ces trois sites représentent déjà énormément pour un pays qui n’est pas si grand. Dans cet article, je vais présenter quelques-uns des lieux les plus intéressants et spectaculaires que nous avons découverts lors de notre voyage d’un mois à vélo. Je suppose que vous ne voyagerez pas à vélo en luttant contre les dénivelés, vous allez donc vous régaler bien plus que nous en visitant tous les sites antiques et naturels de Jordanie.

Chaque étape suit notre véritable itinéraire ; il n’y a pas d’ordre de classement, d’autant plus que la route pour chacun de ces endroits a demandé des efforts et de l’endurance, ce qui nous fait chérir chaque arrêt. Afin de ne pas vous fatiguer avec de longs textes, je mettrai quelques recommandations pratiques pour chaque lieu, bien qu’elles soient peu nombreuses.

Amman

La capitale du pays, que nous avions déjà partiellement visitée en 2020, est une ville très intéressante, surtout si vous avez peu d’expérience des pays arabes. L’un de mes souvenirs les plus marquants d’Amman est son Jordan Museum, qui m’est resté en mémoire pendant les cinq années précédant notre retour. Cette fois-ci, nous avons consacré notre visite aux sites que nous n’avions pas pu voir à cause du Covid, le théâtre romain d’Amman entre autres et un bon moment dans le quartier de Webdeh. Il y a également eu un développement inattendu : j’ai contacté une connaissance virtuelle rencontrée sur Twitter, qui vit en Jordanie depuis dix ans, et Asya nous a complètement pris sous son aile. Anecdotes personnelles, explications, conseils et même une tournée gastronomique — c’était incroyable ! La cerise sur le gâteau a été un immense festin chez Kit Kat avec ses amis, un endroit que tous les locaux connaissent mais où relativement peu de visiteurs étrangers se rendent – ne faites pas cette erreur ! En vrai, il y a eu un autre moment fort : être invités à dîner chez une nouvelle connaissance — sa mère avait préparé des plats fantastiques, et plus généralement, rencontrer des Jordaniens issus d’une longue lignée aristocratique était une expérience à laquelle nous ne nous attendions pas du tout. Bref, tout cela a bien amélioré le début de notre voyage, qui avait pourtant mal commencé (trajet compliqué + un souci avec l’Airbnb), et a énormément remonté le moral des troupes.

Jerash

Jerash est l’une des destinations les plus populaires pour une excursion d’une journée depuis Amman et est surtout célèbre pour son site gréco-romain, considéré comme l’un des mieux conservés au monde. Je l’admets : c’est extrêmement impressionnant, et le seul site auquel je pourrais le comparer en termes de taille et d’état de conservation est Pompéi. Je regrette de ne pas l’avoir visité avec un guide, mais passer plusieurs heures à parcourir la ville était déjà très enrichissant. Des vendeurs de souvenirs étaient parfois un peu insistants pour nous faire essayer le keffieh, mais c’est quelque chose à quoi il faut s’attendre dans des lieux qui accueillent beaucoup de visiteurs. Pensez à prendre des chaussures confortables, de l’eau et préparez-vous à plonger dans l’Antiquité !

Ajloun

Avec Salt, Ajloun est probablement la ville la moins adaptée au vélo qui me vient à l’esprit, ce qui explique le léger ressentiment que j’éprouve à son égard. Cependant, si ce n’est qu’une étape de votre itinéraire, vous apprécierez plus facilement son principal attrait : le château d’Ajloun. Il s’agit d’une forteresse islamique du XIIe siècle dont l’objectif principal était de défendre la région contre les Croisés — c’était étrange (dans le bon sens du terme) de découvrir cette partie de l’histoire « de l’autre côté » (en tant qu’Européens, dont l’un venant de France). De plus, la position stratégique du château d’Ajloun offre une vue exceptionnelle sur les paysages environnants, avec Israël et la Palestine visibles selon les conditions météorologiques. Même si le château n’est pas particulièrement grand, il nous a fallu presque autant de temps pour le visiter que pour l’ensemble du site de Jerash.

Umm Qais

Quelle est l’image qui se met devant vos yeux lorsque vous pensez à la Jordanie ? Car pour nous, ces collines verdoyantes avaient été une immense surprise en 2020, et même aujourd’hui, en regardant les photos, j’ai du mal à associer ces paysages à l’image médiatisée d’une Jordanie jaune ocre peuplée de dromadaires.

Il y a eu plusieurs très beaux tronçons de vélo au cours de ce mois, mais je garde un souvenir particulièrement tendre de cette région (même si elle nous a coûté beaucoup de sueur…).

Umm Qais est un autre vaste site antique, construit en partie en basalte noir — je n’avais encore jamais vu de théâtre romain ni de colonnes noires ! À Umm Qais, aux côtés des ruines antiques de Gadara, se trouve également un village ottoman plus tardif construit directement sur les vestiges classiques. Ces maisons du XIXe siècle, bâties avec la même pierre de basalte sombre, font partie du site préservé et ajoutent une couche historique supplémentaire. Par hasard, le propriétaire de notre Airbnb était aussi le conservateur du musée et avait vécu dans le village avant son déplacement au XXe siècle dans un but de préservation. Ibrahim nous a tout raconté à travers des anecdotes personnelles, tout en nous servant du thé – l’une tasse après l’autre.

À Umm Qais, Xavier a eu une véritable révélation — la vue sur le plateau du Golan, le sentiment d’ancienneté qui émane de ce lieu magnifique… C’était probablement le premier moment depuis le début du voyage où nous avons enfin pu respirer profondément et pleinement nous abandonner à l’aventure.

🛏️ Gedara B&B

La vallée du Jourdain

Nous avions tous les deux très hâte de découvrir la vallée du Jourdain — le vrai paradis fertile — mais les choses ne se sont pas déroulées comme nous l’espérions. Même si l’endroit était aussi pittoresque que dans nos attentes, les tensions politiques actuelles au Moyen-Orient rendaient difficile de pleinement profiter de cette partie du paysage. Ce n’est pas dit avec l’idée sous-jacente qu’« une guerre idiote a gâché nos vacances », pas du tout — c’est simplement un constat : la zone était sous étroite surveillance militaire, avec plusieurs routes fermées et des contrôles réguliers (en particulier le long de la route qui suit le canal du roi Abdallah, qui serait parfaite pour le vélo dans d’autres circonstances). Finalement, épuisés par les contrôles de papiers tous les kilomètres — sans exagération — nous avons été contraints de revenir sur la route principale. Le changement de climat était surprenant — après l’air frais des « montagnes », nous nous sommes retrouvés dans une humidité fertile. Même si la région est impressionnante et que, pour une fois, la route est plate, cette portion du trajet a été bien moins agréable que prévu. J’ai décrit les difficultés dans l’article principal, mais en résumé : tout était pollué, l’odeur était atroce – bref, une scène triste. La partie bordée de vergers s’est rapidement terminée pour laisser place à une route monotone, ponctuée de klaxons et de CO₂ en plein visage. Du côté positif, pendant que nous roulions, des gens nous tendaient des oranges depuis leurs voitures — je me sentais comme Harry Potter attrapant des Vifs d’or.

As-Salt

Si vous regardez la carte, vous verrez qu’As-Salt est très proche d’Amman, mais pour nous, cela faisait déjà une bonne semaine que le voyage avait commencé, et cette ville nous semblait très lointaine — surtout après tous les efforts physiques nécessaires pour y parvenir. Salt est construite sur des collines, ce qui ajoute à son charme, tout comme son riche patrimoine architectural ottoman et son harmonie religieuse. Bien qu’aujourd’hui les chrétiens ne représentent qu’environ 2 à 4 % de la population jordanienne, Salt (avec Madaba dont je parle plus bas) reste l’une des villes possédant une importante communauté chrétienne.

Nous avons passé deux nuits dans un magnifique B&B, visité la maison Abu Jaber et vécu une expérience gastronomique fantastique au restaurant Al Gherbal. As-Salt se visite facilement depuis Amman, et même les Jordaniens aiment venir ici pour faire une pause loin de l’agitation de la capitale — à une époque, la ville avait même été envisagée comme possible capitale de la Jordanie. Aujourd’hui, son centre historique est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous avons beaucoup apprécié notre séjour, même si la météo n’était pas toujours de notre côté. Et puis, l’idée de la descente vers la mer Morte — des dizaines de kilomètres à dévaler — contribuait à notre bonne humeur.

🛏️Jordan Heritage Madhafa
🍽️Al Gherbal Restaurant

La mer Morte

Contrairement aux étapes précédentes, la mer Morte n’a pas besoin d’être présentée — tout l’apprend son existence à l’école – le point le plus bas de la Terre (environ 430 mètres sous le niveau de la mer), ainsi que des défis écologiques auxquels elle fait face aujourd’hui.

Visiter ce genre d’endroits est toujours un peu étrange et implique certains choix : voulons-nous faire partie du problème en séjournant dans l’un des nombreux hôtels de luxe de cet environnement fragile ?

Nous avons finalement choisi de passer deux nuits dans un hôtel Hilton — c’est drôle comme ces expériences peuvent parfois ressembler à des one-night-stands : un mélange de culpabilité et d’indulgence pour un bref moment de plaisir (au moins, chez Hilton, le plaisir a été au rendez-vous).

Il existe des options gratuites ou plus économiques, mais nous n’avons pas hésité longtemps — le Hilton était déjà réservé lors de notre tentative de voyage en 2020, pour nous il s’agissait donc d’une vengeance contre les circonstances. De plus, janvier étant une période de basse saison, les prix étaient donc plus bas, il y avait moins de visiteurs, et la plupart étaient des locaux. Nous avons flotté tant qu’on pouvait dans les eaux de la mer Morte et, dans l’ensemble, nous y avons passé un excellent moment.

Comme si nous n’avions pas déjà assez pédalé, le lendemain, sans sacoches (légers comme des plumes !), nous sommes allés à vélo jusqu’au Dead Sea Panoramic Complex — une petite exposition informative consacrée à la mer Morte. Il y a également un restaurant aux prix raisonnables pour la région. Recommandé.

🍽️Dead Sea Panoramic Complex

Deux choses à noter à propos de la mer Morte : ce n’est pas exactement un lieu spectaculaire. Son intérêt réside dans son caractère géographique unique, ses propriétés naturelles et son importance scientifique plutôt que dans des paysages grandioses. Si vous vous intéressez à la géologie, à la biologie ou à l’écologie, c’est un endroit fascinant à découvrir ; il existe aussi plusieurs sites avec des cascades (mais nous n’avons pas eu l’occasion d’en voir). Sinon, il est possible que l’environnement paraisse un peu décevant. De plus, les infrastructures ici ne sont pas toujours très… jolies — une longue route sous la chaleur, quelques dromadaires destinés aux touristes, des constructions abandonnées, des clôtures cassées et, comme ailleurs en Jordanie, une grosse quantité de déchets. Deuxième point : préparez-vous à des prix plus élevés — c’est attendu, mais vous êtes avertis !

Le mont Nebo

Tout comme la route vers la mer Morte avait l’avantage de descendre pendant environ 50 km, la route menant à Madaba promettait avec la même certitude un véritable défi physique. Avec le recul, je suis très fière de cet accomplissement et, en regardant les photos, je suis émerveillée par la beauté des paysages. Mais sur le moment, c’était extrêmement difficile — impossible de le dire autrement.

Après des heures d’effort, nous sommes finalement arrivés au mont Nébo.

Le mont Nébo est un important lieu de pèlerinage : selon la tradition biblique, c’est l’endroit où Moïse aperçut la Terre promise avant sa mort. Lors des journées très dégagées, la vue s’étend sur la vallée du Jourdain jusqu’à Jéricho et même Jérusalem. Ma scolarité religieuse a pointé son nez car malgré mon athéisme, j’ai tout de même trouvé ce lieu très émouvant. Nous avons visité l’église mémoriale de Moïse et admiré ses mosaïques byzantines — les premières d’une longue série que nous verrions au cours des deux jours suivants.

J’aimerais pouvoir ajouter quelque chose de plus spirituel ou instructif sur le Mont Nebo, mais voyager à vélo crée un état d’esprit très différent — nous étions surtout soulagés de pouvoir enfin nous reposer. Après tant de ruines et de sites historiques, leur impact émotionnel devenait moins intense, et il en allait de même pour les paysages (qui étaient tout aussi beaux !). Cela dit, nous avons eu une rencontre inattendue et très agréable avec un archevêque de Bagdad, qui parlait un français parfait et était très curieux de notre voyage. C’est la première chose qui nous vient à l’esprit lorsque nous pensons au mont Nébo.

Madaba

La dernière étape de cette partie de la Jordanie fut Madaba. Tout comme As-Salt, Madaba nous a fait une excellente impression dès le départ — l’accueil du propriétaire de notre hôtel était exceptionnel et l’atmosphère de la ville dans son ensemble très apaisante. Des litres de jus de grenade ont également largement contribué à cette impression !

Madaba est un autre centre important de la communauté chrétienne en Jordanie, avec plusieurs églises anciennes et magnifiques, mais ce qui rend la ville vraiment remarquable, c’est sa tradition de la mosaïque, active depuis l’époque byzantine.

🍽️Jaw Zaman Restaurant
🍽️Ayola Café
🛏️Blue Stone Hotel

Les mosaïques sont partout — par hasard, nous sommes tombés sur une école de mosaïque et avons pu observer de près l’impressionnant processus de leur fabrication. Naturellement, il nous était impossible de repartir sans acheter l’une des œuvres des étudiants — au moment où j’écris ces lignes, je regarde la gazelle réalisée par Nour, accrochée au mur. Comme transporter une mosaïque pendant encore deux mois de voyage à vélo n’était pas envisageable, elle a été renvoyée en Europe avec nos vêtements chauds et les carnets de croquis que nous n’allions clairement pas remplir.

Le point culminant de Madaba est la célèbre carte de Madaba, située dans l’église Saint-Georges — une mosaïque du VIe siècle représentant la plus ancienne carte connue de la Terre sainte.

Madaba marquait la moitié de notre aventure jordanienne. Plus de journées froides, plus de collines verdoyantes — depuis la mer Morte, nous étions entrés dans une Jordanie plus jaune ocre, aux températures beaucoup plus chaudes. Même si cette division est plus mentale qu’autre chose, elle donnait tout de même l’impression d’un véritable point médian — la moitié du voyage, la moitié du pays.

Ne partez pas trop loin car l’article consacré au sud de la Jordanie, avec ses sites les plus spectaculaires, arrive bientôt.