Janvier 2025

Comme promis, voici l’article sur notre visite de Pétra, le site historique le plus célèbre et le principal point d’intérêt de Jordanie. Une réputation largement méritée ! Avant toute chose, je veux rappeler que ceci n’est pas une instruction ni un guide ultime sur comment visiter Pétra. C’est simplement le récit de notre propre expérience, avec nos impressions, découvertes et réflexions. Si j’utilise quelques titres un peu clickbait, c’est uniquement pour plaire aux moteurs de recherche… Même si, à ce rythme, avec l’IA et tout ça, ils ne seront peut-être bientôt plus nécessaires.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je veux prendre une seconde pour me plaindre (encore une fois) de la difficulté à rejoindre Wadi Musa à vélo (la ville où se trouve le site archéologique de Pétra). Wadi Musa est situé sur un relief particulièrement raide et y circuler à vélo était un supplice. Mais c’est un sujet sur lequel je râle déjà depuis trois articles, il faut arrêter.

Sur la route vers Wadi Musa

My Mom’s Recipe

Où manger ?

Comme pour l’hébergement dans un lieu aussi touristique, les adresses ne manquent pas ici. Tout comme la question du transport, celle de la restauration a été largement résolue grâce à l’invitation généreuse de Sleeman à dîner avec sa famille deux fois d’affilée !

Le seul restaurant que nous ayons testé fut My Mom’s Recipe Restaurant : une très bonne adresse, même si les prix y sont légèrement supérieurs à la moyenne. Normal.

Sur le site de Pétra, bien que nous y ayons passé la journée entière, nous nous sommes contentés d’un sandwich au thon (à un prix très raisonnable !) accompagné d’un verre de jus de grenade. Il existe plusieurs points de restauration sur le site, mais craignant les attrapes-touristes hors de prix, nous avions prévu une solution plus sûre : une banane et une barre protéinée. 😀

Où loger ?

Commençons par l’hébergement. Les options ne manquent évidemment pas dans la région de Pétra, et en janvier la plupart étaient disponibles. Plus on se rapproche de l’entrée de Pétra, plus les prix augmentent – nous avons donc choisi le Marvel Hotel Apartments. C’est un hôtel familial récent, avec de grandes chambres agréables. Même si je n’ai pas trop apprécié son propriétaire parfois un peu insistant, nous avons tout de même été satisfaits de notre choix.

Vous avez probablement déjà vu défiler une avalanche de photos de glamping, de “bubble hotels” ou d’influenceurs qui posent dans d’autres décors de “grand luxe” – vous voyez l’esthétique. J’ai quelques mots à dire sur le sujet.

D’après ce que nous avons observé depuis la route — et nous avons croisé un grand nombre d’hôtels-bulles et autres hôtels de luxe — ce n’était pas forcément inspirant. Des rangées de bulles en plastique au milieu du désert… En tant que photographe, je SAIS parfaitement comment les rendre spectaculaires sur une image, mais sur place, elles ne produisaient pas du tout le même effet. Par ailleurs, en connaissant le climat et la géographie de la Jordanie, où les ressources en eau sont limitées, voir des hôtels avec des fontaines au milieu du désert est ahurissant de tous les points de vue. Voilà l’impression générale – kitch et le mauvais goût.

Se déplacer

Comme notre hôtel se trouvait dans la “ville haute”, il aurait fallu prendre un taxi pour rejoindre le site de Pétra (le vélo n’était pas envisageable vu les pentes raides de la ville…).

Sauf que nous nous sommes fait un ami de façon assez inattendue. Dans le premier article sur notre voyage à vélo en Jordanie, j’avais mentionné une personne qui avait accepté de recevoir notre colis de pièces détachées envoyé depuis la France. Nous sommes éternellement reconnaissants à Sleeman pour son aide technique, mais aussi pour nous avoir pris sous son aile à Wadi Musa : il a insisté de nous conduire à Pétra et venir nous chercher le soir ! Une nouvelle démonstration de l’hospitalité et de la générosité locales.

Prix

Le jour de notre visite, en janvier 2025, le billet d’entrée pour une journée coûtait 50 dinarsNormalement ce tarif est inclus dans le Jordan Pass. Mais lorsque nous sommes arrivés à Pétra, notre Jordan Pass avait déjà expiré…

Cela dit, je ne regrette absolument pas d’avoir payé nos billets. La conservation et l’entretien d’un site comme Pétra représentent des coûts énormes – que ces billets soient notre petite contribution à la préservation du patrimoine mondial.

Combien de jours passer à Pétra ?

Voilà une question que se posent beaucoup de visiteurs.

Même si, une fois encore, tout dépend de vos centres d’intérêt et de votre rythme, je peux dire sans hésiter qu’une journée complète — de l’ouverture à la fermeture — suffit pour découvrir les principaux points d’intérêt de Pétra, prendre le temps de contempler les lieux, faire quelques croquis ainsi que faire la randonnée jusqu’au point le plus éloigné : le Monastère.

De plus, j’ai eu une petite mésaventure : j’ai perdu mon sac de dessin. Je l’avais posé près d’un panneau d’information pour prendre une photo et simplement oublié de le reprendre. Un quart d’heure plus tard, lorsque je me suis rendue compte de sa disparition, il n’était plus là.

Même avec le temps perdu à le chercher, à contacter les autorités locales, à circuler dans les petites voitures électriques du site et à accepter progressivement l’idée qu’il était définitivement perdu, une journée nous a tout de même suffi pour voir tout ce que nous tenions à voir.

On peut alors se demander à quoi servent les billets valables jusqu’à trois jours.

D’abord, il existe des itinéraires de randonnée beaucoup plus longs, qui peuvent facilement occuper une journée entière. Ensuite, tout dépend du niveau d’immersion que vous recherchez ou de votre état de fatigue. Enfin, on pourrait passer une éternité devant le Trésor (La Khazneh) : c’est un lieu hors du temps et je comprends parfaitement l’envie d’y revenir encore et encore.

Comment passer une journée à Pétra ?

Donc, nous sommes arrivés pour l’ouverture et avons commencé par une bonne visite du musée. Je le recommande absolument – le musée permet de mieux comprendre le lieu, d’en apprendre davantage sur la civilisation nabatéenne et de prendre pleinement conscience de l’exploit architectural extraordinaire que l’on s’apprête à découvrir. En même temps, il n’est pas surchargé et se laisse parcourir facilement.

Nous avons ensuite suivi à pied le chemin principal à travers le Siq jusqu’au Trésor. Après avoir passé un moment à admirer ce chef-d’œuvre, nous sommes partis explorer les Tombeaux Royaux, le théâtre et les autres points d’intérêt du site. L’aventure du sac perdu est arrivée à peu près à ce moment, ce qui nous a fait perdre une grosse heure. Une fois cette parenthèse terminée, nous avons poursuivi la visite en montant jusqu’au Monastère ainsi qu’aux différents points de vue dominant Pétra et ses paysages environnants. Puis nous avons repris tout le chemin en sens inverse. Au total, nous avons marché environ 21 kilomètres ce jour-là !

Encore une fois, malgré les millions de photos dramatiques des influenceuses vêtues de robes rouges, voyez la visite de Pétra comme une randonnée. Prévoyez de bonnes chaussures de marche, un chapeau, de l’eau…

L’ascension vers le Monastère n’est pas difficile ; nous avons même vu des personnes assez âgées gravir le chemin (et descendre avec l’aide de force collective). Néanmoins, elle demande un minimum d’endurance physique.

Cela dit, personne n’est probablement plus déterminé qu’un.e influenceureuse à la recherche de la photo parfaite. Nous avons ainsi croisé plusieurs jeunes femmes en chaussures à plateforme à monter l’escalier. Comme quoi, tout est possible.

Le Siq

L’une de mes plus grandes craintes était le potentiel harcèlement touristique et la maltraitance animale. Effectivement, nous avons reçu de nombreuses propositions de monter à dos d’âne ou de dromadaire, et les vendeurs des fausses pièces nabatéennes étaient omniprésentes. Cependant, rien de trop insistant ou agressif – un simple “non” suffisait amplement. En revanche, la vue des dromadaires m’a souvent serré le cœur.

Il est également important de se souvenir que Pétra a ses propres habitants “modernes” : les Bédouins, qui vivent ici depuis des siècles. Pétra est leur maison. En tant que visiteurs, nous avons donc aussi une responsabilité envers eux. À chacun de trouver la manière qui lui convient le mieux pour soutenir l’économie locale ; pour notre part, nous avons choisi le jus de grenade – assez inoffensif…

Dromadaires (pas trop fatigués !)

5 secondes avant la perte de mon sac

Une autre de mes inquiétudes – les foules, mais là pareil, tout était dans les limites de raisonnable.

Plusieurs facteurs en sont la raison : la basse saison, des températures assez froides — quelques jours après notre départ, une gross tempête hivernale a balayé la Jordanie, que nous avons heureusement évitée — ainsi que la nouvelle escalade du conflit israélo-palestinien. Bien que la Jordanie ne soit pas directement impliquée, son secteur touristique en a subi les conséquences.

Le Monastère

La descente depuis le Monastère

Impressions générales sur Péra

Tout ce que l’on entend à propos de Pétra et de l’effet qu’elle produit sur ceux qui la découvrent est vrai. Le site est FASCINANT.

Nous sommes tous les deux des personnes plutôt terre-à-terre, loin de toute spiritualité ésotérique. Pourtant, ces lieux anciens portent encore la trace des civilisations disparues depuis longtemps… – bref, impossible de ne pas être ému.

Alors oui, que ça sonne banal mais Pétra reste de loin la chose la plus impressionnante que nous ayons vue en Jordanie. C’est un site historique exceptionnel et unique, qui, d’après ce qu’on nous a raconté, provoque le même effet saisissant chez les habitants du pays qui l’avaient vu des dizaines de fois.

Malgré la perte de mon sac de dessin, la fatigue accumulée et les questionnements qui accompagnaient ce voyage, cette journée à Pétra reste l’un des moments forts de toute l’aventure.

Little Petra : un bonus gratuit !

Vous avez peut-être déjà entendu parler de “Petite Pétra”. Sinon, il s’agit d’un site archéologique nabatéen situé à environ dix kilomètres au nord de Pétra. Son nom officiel est Siq al-Barid (“le canyon froid”) et, même s’il est des dizaines de fois plus petit que Pétra, c’est une introduction idéale à la visite des vestiges de la civilisation nabatéenne.

Comme Pétra, il possède un étroit passage rocheux, des vestiges architecturaux avec une façade remarquable, des escaliers étroits à monter, des panoramas splendides, des chats en quête d’attention et même des cupidons peints : parmi les peintures murales nabatéennes les mieux conservées jamais découvertes.

Après la visite de Pétra, il ne produira probablement pas le même effet. En revanche, avant Pétra, nous l’avons trouvé extraordinaire.

De plus, l’accès est gratuit et, le jour de notre visite, il n’y avait pratiquement personne. Un moment rare et précieux de solitude face à l’éternité.

N’en attendez pas des merveilles, mais si l’on me demandait si Little Petra vaut une visite, ma réponse serait un oui à cent pour cent.

Épilogue

Voilà pour Pétra.

Allez-y, profitez-en, respirez ce lieu, respectez-le ainsi que les gens qui y vivent.

Un jour, notre propre civilisation aura disparu depuis des milliers d’années (et serait-ce vraiment si terrible ?), et quelqu’un avancera avec émerveillement parmi les vestiges de nos rues.

C’est une image assez belle à garder en tête lorsqu’on franchit les portes de Pétra.