Janvier 2025
On reprend là où nous nous étions arrêtés dans le précédent article sur le nord de la Jordanie, et on continue notre aventure en direction sud. En regardant la carte, cette division peut sembler un peu étrange, puisque Madaba – la ville que j’ai choisie comme le point séparant le voyage en deux – ne se situe pas au milieu du pays. Pourtant, ce choix a sa logique : par rapport au nord de la Jordanie, les altitudes devenaient bien plus douces, les distances quotidiennes plus longues, et les principaux sites d’intérêt un peu plus étirés sur ces distances. En termes de temps aussi, Madaba correspondait à peu près à la moitié du voyage, d’où cette séparation. Donc, on va se remettre sur la route pour découvrir ce que la Jordanie nous réservait après Madaba (spoiler : beaucoup de choses trop trop chouettes !)

Canyon du Wadi Mujib
Nous avons quitté Madaba en suivant la Route des Rois jusqu’à arriver à un endroit spectaculaire (oui, même pour les standards jordaniens) : la vue sur le canyon du Wadi Mujib. Celui-ci se jette dans la mer Morte et est souvent surnommé le « Grand Canyon jordanien », – on comprend facilement pourquoi, non ?
Pour pimenter encore un peu les choses, nous avons dû le descendre avec notre tandem lourdement chargé quasiment sans freins – qui étaient complètement usés après les premiers trois cent kilomètres… Pour plus d’histoires sur nos périples techniques, rendez-vous au le premier article consacré à toute l’expédition à vélo.
C’est aussi à cet endroit que des enfants ont décidé de nous lancer des pierres — un contraste brutal avec tous les « Welcome to Jordan » que nous recevions en abondance chaque jour.



Descendre, c’était une chose ; remonter, c’en était une autre. Nous n’avons donc pas eu trop de scrupules à faire du stop en mettant le tandem dans un pick-up — heureusement, c’est le véhicule le plus commun en Jordanie. Notre tandem a lui aussi pu profiter d’un repos bien mérité.
À peine le chauffeur nous avait-il déposés à Al-Mughayer qu’un passant — Abu Ahmed — nous a invités à passer la nuit chez lui. Plus précisément, dans la maison de sa « madame numéro deux » — ses propres paroles ! Malgré une grande barrière linguistique nous avons pu passer une soirée culturellement fascinante.


Les ruines dont je ne sais plus le nom sur la route de Dana



Réserve de Dana
Rejoindre Dana n’a pas été simple non plus, et nous avons accepté avec plaisir de nous faire aider sur quelques parcelles difficiles – surtout pour atteindre Tafilah — nous avons même réussi à faire entrer le tandem dans un camion transportant des chips ! Mon rêve d’enfant ! Mais une fois arrivés, on a eu droit à deux journées de beauté et repos !
La réserve de biosphère de Dana est la plus grande réserve naturelle protégée de Jordanie, ainsi que l’une des destinations les plus réputées du pays pour la randonnée, l’immersion dans la nature et wildlife-watching. Dans la réserve, il y a de nombreux sentiers pour des randonnées, dont certains durent plus d’une journée.
Comme notre objectif était surtout de bien nous reposer et certainement pas de s’aventurer dans une longue randonnée, nous nous sommes contentés d’une petite marche de 6 km qui était largement suffisante pour s’en prendre plein les yeux avec les vues fantastiques.



La vue sur le village de Dana





La chambre du seul hôtel ouvert (après tout, c’était janvier !) était excellente, le personnel très sympathique, et l’architecture locale inhabituelle et très agréable à dessiner. Le séjour aurait pu être parfait si seulement le propriétaire de l’hôtel n’avait pas jugé nécessaire de se plaindre de comment les femmes modernes avaient oublié leur place. Bref…



D’ailleurs, revenir à vélo vers la route principale en traversant l’intérieur de la réserve de Dana fut également une excellente décision : la route était déserte et incroyablement pittoresque.




Shobak
Dans l’article consacré au nord de la Jordanie, j’ai parlé d’Ajloun — une forteresse islamique construite pour défendre la région contre les Croisés. Shobak, en revanche, est lui-même un château croisé qui contrôlait autrefois d’importantes routes commerciales et de pèlerinage reliant la Syrie, l’Arabie et l’Égypte. Historiquement, ce n’est peut-être rien d’exceptionnel, mais je trouve ce fait fascinant. Le château de Shobak ressemble à un cercle jaune isolé au milieu d’un paysage tout aussi jaune. Le jour de notre visite, il était en pleine restauration, ce qui ne nous a pas empêchés d’apprécier cette courte visite.



Château de Shobak


Petra
Un article séparé consacré à notre expérience à Petra arrivera bientôt.
Enfin on est arrivé au joyau le plus spectaculaire de la Jordanie, un miracle et l’une des sept nouvelles merveilles du monde : Petra, capitale de l’ancien royaume nabatéen aujourd’hui disparu. Naturellement, nous avions très hâte de cette visite depuis le tout début du voyage, et elle ne nous a absolument pas déçus. C’était même l’un de ces rares cas où les attentes sont immenses mais où la réalité est à la hauteur — voire les dépasse — une chose très-très rare.




Petite Petra
Dans l’article dédié à Petra je détaille toute notre logistique et les différentes subtilités : comment nous avons organisé notre séjour, visité Little Petra et « la » Petra, à quel point le site était fréquenté (ou non), ainsi que les différentes options de visites sur place — ne partez donc pas très loin ! Ici, je veux juste souligner qu’une visite de Petra est absolument incontournable. La plupart des gens ne connaissent que le Trésor (la célèbre façade présente sur toutes les cartes postales jordaniennes), mais Petra est en réalité un immense site archéologique comprenant des monastères, des tombeaux, des sentiers et des quartiers entiers creusés dans la roche. Une seule journée suffit toutefois pour visiter le site, à condition de ne pas vouloir parcourir absolument tous les itinéraires de randonnée (même si nous avons quand même marché plus de 20 km le jour de notre visite).



Wadi Rum
Un article séparé consacré à notre expérience dans le Wadi Rum arrivera bientôt.
D’un point phare à un autre — cette fois, le célèbre désert Wadi Rum connu pour ses montagnes de grès et de granite, largement médiatisé comme l’un des grands miracles de la Jordanie. À juste titre, d’ailleurs, mais contrairement à Petra, il ne nous a pas inspiré le même sentiment d’émerveillement.
Trop touristique, trop exploité, trop… artificiel et mis en scène ?
Ce ne fut pas une déception pour autant, simplement une manière d’explorer qui ne correspond plus tout à fait à notre façon d’interagir avec ce type de lieux très populaires (et qui nécessitent donc énormément de gestion et d’encadrement). Pour davantage d’informations et de retours d’expérience, rendez-vous dans l’article dédié (à venir).








Des gamins sur Desert Highway

Village du Wadi Rum
Aqaba
Il m’est impossible de retranscrire à quel point nous étions émus d’atteindre Aqaba — le point final de notre périple jordanien. Cette ville qui nous semblait infiniment lointaine au départ, et pourtant déjà à seulement une journée de descente depuis le Wadi Rum.
Même si cette étape n’était absolument pas difficile physiquement, elle n’a pas été agréable pour autant : circulation dense, klaxons incessants, bouteilles d’urine (j’ai pris soin de raconter ces petits objets de décor dans l’article principal), odeurs atroces… Bref, il n’y avait strictement rien de triomphal dans ce passage de la ligne d’arrivée. Mais le moment fut très important tout de même.
Nous avons réservé quatre nuits dans un hôtel sans grand intérêt — ce n’est pas ce qui manque à Aqaba — la seule ville jordanienne située au bord de la mer. Nous avions besoin d’un vrai repos, d’une bonne session d’entretien du vélo, de réparer nos vêtements, et tout simplement de prendre le temps de récupérer et de réfléchir à la suite : poursuivre l’aventure ou s’arrêter là.


On nous a demandés de faire une photo !



Bref, tout ça pour dire qu’Aqaba pour nous a pris une signification différente : ce n’était pas une ville que nous « visitions », mais plutôt une étape logistique importante. Pourtant, de ce que nous avons vu, ce ne fut pas le coup de foudre. Un urbanisme désordonné, la foule et la circulation chaotique (comme partout), des déchets, du chaos — mais pas un chaos qui donne une bonne énergie.








Après ces quatre nuits de repos, nous avons passé deux nuits supplémentaires à Aqaba Beach — à une douzaine de kilomètres au sud de la ville d’Aqaba — dans un petit centre de plongée très mignon, avec enfin l’ambition d’utiliser nos certifications de plongée ! Eh oui, car nous avions suivi des cours de plongée dans le seul but de pouvoir plonger en Jordanie avant notre « voyage du confinement ».
Nous n’avons vu qu’une infime partie de la faune de la mer Rouge, mais c’était déjà incroyable. Encore une fois, l’expérience aurait été formidable sans l’horrible pollution sur la plage — un véritable mur de mégots de cigarettes le long du rivage… Dégoûtant, mais plus vraiment surprenant à ce stade.




Comme nous étions fin janvier — pas vraiment la haute saison à Aqaba (même si j’ai du mal à imaginer y être pendant un mois encore plus chaud !) — les restaurants du secteur d’Aqaba Beach étaient fermés. Nous sommes donc allés directement dans la zone « de luxe » — Tala Bay Marina — un complexe balnéaire construit au sud de la ville — afin de tester les restaurants « pour riches ». Comme lors de notre expérience à la mer Morte, ce n’est pas le type d’ambiance que nous apprécions, mais le contraste était drôle à observer, et la nourriture était bonne aussi. Hé, c’était aussi notre premier verre de vin depuis Amman !
C’est sur cette note douce-amère que se termine le récit de notre voyage en Jordanie. Il m’a fallu un an et demi pour écrire ces articles, mais ce voyage n’a pas été simple, et les émotions qu’il a provoquées ne l’étaient pas non plus — le processus de digestion a naturellement demandé du temps. Mais nous y voilà.
Je rappelle également que toute la série consacrée à notre aventure jordanienne est disponible sur notre page dédiée à la Jordanie — et les articles continuent d’arriver ! En attendant, je vais me préparer mentalement à attaquer un autre énorme chapitre : la traversée de l’Arabie saoudite. Si la Jordanie n’a déjà pas été facile, quoi dire de l’Arabie…
Merci de nous avoir lus, et n’hésitez surtout pas à nous contacter — nous serions ravis de connaître vos impressions, vos retours ou vos propres expériences !











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